1. Redéfinir la notion de "ROI" dans un secteur stratégique

Dans l'industrie aéronautique, où les cycles de développement s'étendent sur des décennies et les investissements sont colossaux, la notion de "Retour sur Investissement" (ROI) transcende la simple rentabilité financière. Il est impératif d'adopter une perspective plus large, englobant la valeur stratégique. Ce concept de ROI stratégique se mesure à travers des indicateurs institutionnels, technologiques et de souveraineté. Il s'agit d'évaluer l'impact des investissements publics et privés sur le maintien des compétences, le développement de technologies de rupture, et la consolidation de l'autonomie stratégique nationale et européenne.

Vue rapprochée d'un moteur d'avion complexe
Les systèmes de propulsion incarnent l'investissement à long terme dans la technologie et la compétence.

2. Investissements publics et politique industrielle

La politique industrielle française en matière d'aéronautique s'appuie sur une logique d'investissement public à long terme. Ces investissements ne visent pas un profit immédiat, mais plutôt à construire et à maintenir un écosystème robuste. Ils financent la recherche fondamentale, soutiennent les premières phases de développement de technologies risquées et assurent la pérennité des infrastructures critiques. Le succès de cette politique ne se mesure pas en dividendes, mais en parts de marché mondial, en capacités d'exportation, en emplois hautement qualifiés maintenus sur le territoire, et en capacité à lancer des programmes d'envergure comme ceux d'Airbus ou du Rafale.

Cette approche est essentielle pour faire face à la concurrence internationale, souvent soutenue par des logiques étatiques similaires. Le but est de s'assurer que la France et l'Europe restent des acteurs majeurs, capables de définir les standards technologiques et environnementaux de demain.

3. Coopération public-privé : le modèle aérospatial

Le secteur aéronautique est un exemple paradigmatique de la réussite des modèles de coopération entre l'État et l'industrie privée. Des structures comme les pôles de compétitivité (par exemple, Aerospace Valley) ou les instituts de recherche technologique (IRT) favorisent la collaboration entre grands groupes, PME, laboratoires de recherche et entités publiques. Ces partenariats permettent de mutualiser les risques financiers et technologiques liés à l'innovation.

Ces modèles de coopération sont cruciaux pour le développement de l'aviation décarbonée, un défi qui ne peut être relevé par un seul acteur. L'État joue un rôle de catalyseur et de coordinateur, en fixant des objectifs ambitieux (neutralité carbone en 2050) et en apportant le soutien financier nécessaire pour amorcer la transition, laissant ensuite aux acteurs industriels le soin de développer et de commercialiser les solutions.

4. Création de valeur non-financière

La valeur créée par l'industrie aéronautique se manifeste bien au-delà des bilans comptables. Elle inclut :

  • La valeur technologique : Développement de savoir-faire de pointe dans des domaines comme les matériaux composites, l'avionique, la cybersécurité et l'intelligence artificielle, avec des retombées dans d'autres secteurs industriels.
  • La valeur institutionnelle : Renforcement de la crédibilité de la France sur la scène internationale, influence dans les instances de normalisation, et capacité à mener des projets de coopération européens.
  • La valeur sociétale : Création d'emplois qualifiés, structuration des territoires autour de bassins d'emploi industriels, et contribution à la fierté nationale à travers des succès technologiques et commerciaux.

Évaluer l'industrie aéronautique uniquement sous un prisme financier serait donc une erreur d'analyse fondamentale. Sa véritable valeur réside dans sa capacité à générer des avantages stratégiques et sociétaux durables pour la nation.

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